Non, mais la Mongolie faisait partie de ces quatre ou cinq pays auxquels je m'intéressais, tout en sachant qu'il est trop difficile d'y voyager. En tant que cavalier, j'étais ému aux larmes quand Frédéric m'a annoncé cette destination. Mentalement, j'ai recollé les magnifiques images que j'avais vues sur la Mongolie. Et j'ai eu un frisson en me rappelant d'un article où il était question de tradition culinaire, comme le lait à base de beurre rance, la viande bouillie de mouton, de chèvre ou de yak. Finalement, on se fait à tout... Et Batbayar s'amusait beaucoup à nous voir faire des politesses quand il nous tendait, exprès, un morceau de tendon gros comme un téléphone portable ou des grimaces à la dégustation du fameux aïrag, le lait de jument fermenté, un peu piquant. Après ça, vous pouvez tout boire ! (rires).
Quel souvenir gardez-vous pour toujours ?
Le moment où j'ai découvert Batbayar dans les jumelles, une demi-heure avant son arrivée. Quand il a posé pied à terre, nous a regardés, fier comme Gengis Khan, et nous a fait passer son tabac à priser. Il m'a tapé sur les doigts parce que je l'ai pris de la main gauche et que, dans la tradition, ça ne se fait pas. J'ai compris que j'allais devoir marcher droit (rires) ! On est monté à cheval pour rejoindre le campement. Il nous a dit : « C'est juste à côté ». Deux heures et demie plus tard, nous étions toujours en selle !!! Et quelles selles ! Rien à voir avec les européennes, elles sont très dures et vous êtes obligé de vous tenir debout comme un jockey. Mais j'étais à cheval, en Mongolie... et le voyage pouvait s'arrêter là. C'était déjà mythique !
Qui est Batbayar ?
Un homme rude parce que son pays l'est et un homme tendre parce qu'il est avant tout artiste. Il m'a demandé d'être moins empressé, de savourer, de distiller mes questions, de respecter ma monture, de ne pas remercier tout le temps : « Tu me diras merci quand je te rendrai un vrai service ! ». Avant de tomber dans l'affect, il voulait m'initier à sa vie. Au fur et à mesure, nous n'avions presque plus besoin du traducteur. Les relations que nous avons nouées là-bas sont extrêmement fortes. Et, à mon retour, j'ai été longtemps hanté par son souvenir. Je le suis toujours un peu. On l'appelait « le magnifique », parce qu'il répétait tout le temps ce mot qu'on lui avait appris. Batbayar, c'est un grand homme, un grand petit homme. Little Big Man !
Est-ce que ce voyage a changé quelque chose en vous ?
Il a confirmé ce que j'avais déjà découvert lors d'un autre voyage inoubliable. Avec mon père, nous avons traversé les Etats-Unis et le Mexique, sans un rond. Pendant ce parcours initiatique, j'ai compris que les hommes savaient et aimaient se parler quelles que soient leurs nationalités, leurs cultures et malgré les frontières et les gouvernements.


